Aux Comores, la société Gazcom accélère sa production d’oxygène pour les hôpitaux

Djamil Mahamoud a pris la suite de son père en 1994. Sa société emploie vingt employés.

Située au nord de Moroni, l’entreprise Gazcom assure, à elle seule, la production et la livraison d’oxygène médicinal dans les hôpitaux des trois îles de l’archipel comorien. Face à la crise du Covid-19, cette société discrète est en première ligne. Son directeur Djamil Mahamoud assure avoir pris les dispositions nécessaires pour qu’il n’y ait pas de rupture de stocks.

« Nous avons pris les dispositions nécessaires. Je connais les conséquences que pourrait entraîner une rupture de stocks. Face à la crise, nous sommes tous concernés », assure Djamil Mahamoud, le dirigeant de Gazcom. Son entreprise a la responsabilité d’approvisionner en oxygène médicinal les hôpitaux des trois îles de l’archipel. Et à l’heure où le SARS-Cov-2, le virus responsable du Covid-19, maladie entraînant dans les cas les plus graves des défaillances respiratoires, frappe à la porte des Comores, la société passe en première ligne.

Gazcom est devenue une affaire familiale. Mahamoud Mradabi l’a achetée en 1984 à Air liquide, un des leaders mondiaux des gaz industriels. Le groupe industriel français ayant jugé le marché trop petit avait décidé de plier bagages. « Pour mon père, il était hors de question de laisser le pays sans production d’oxygène. Cela aurait eu des conséquences graves auprès des citoyens », affirme Djamil Mahamoud, qui a repris les rênes de l’entreprise familiale, en 1994, un an après son retour au pays avec un diplôme en comptabilité et gestion d’une université française en poche.

Située à 18 minutes au nord de Moroni, Gazcom produit localement de l’oxygène médicinal. Ses locaux occupe six hangars. A l’intérieur, des bouteilles de gaz et d’oxygène sont rangées un peu partout. Pour ne pas confondre les gaz et l’oxygène, chaque fluide a sa couleur de bouteille. Vert pour le gaz. Blanc et gris pour l’oxygène. Rouge bordeaux et blanc pour l’acétylène. Djamil Mahamoud nous sert de guide.

Le premier hangar à droite est le lieu de production d’oxygène. Quelques mètres plus loin, sur le mur d’un autre hangar, une pancarte exhorte en caractères gras : “Interdiction de fumer”. « C’est ici que nous produisons l’acétylène, un gaz au carbure de calcium utilisé dans les garages et les soudures. C’est un gaz hautement inflammable. C’est pourquoi nous avons aéré un peu partout », explique le dirigeant.

Le gaz domestique est importé de Madagascar

Le local du milieu sert à entreposer les bouteilles de gaz pleines. A côté, se trouve une petite maison avec l’inscription Vitogaz. Gazcom ne fabrique ni le gaz industriel, ni le gaz domestique. C’est la société française Vitogaz qui le produit à Madagascar et l’importe aux Comores. Gazcom sert de plateforme de distribution aux Comores pour l’entreprise française. « Comme vous pouvez le constater, ici, nous ne produisons pas de gaz domestique comme beaucoup le pensent. Nous ne faisons que le distribuer. »

Sur place, des clients en quête de gaz domestique n’arrêtent pas de faire des allées et venues, demandant si le gaz est arrivé. « Cela fait deux jours qu’il est au port, on ne l’a pas encore déchargé, va savoir pourquoi… », se plaint le directeur. 

Avec ses vingt employés, Gazcom avoue que la vie n’a pas toujours été rose. La consommation d’oxygène aux Comores est vraiment faible. A une époque, les hôpitaux ont repris la main sur la fabrication de leur oxygène. Un coup dur pour Gazcom. « On avait du mal à s’en sortir”, avoue Djamil Mahamoud. L’entreprise a fait face et profité de cette période difficile pour grandir. Elle a perfectionné son matériel et amélioré son organisation.

Presque deux ans ont passé avant que la chaîne de production d’oxygène ne reprenne du service. Pour ce faire, Gazcom a dû faire venir un ingénieur indien. « C’est un grand problème que nous rencontrons. Les personnes qui travaillent dans le domaine industriel se heurtent au manque d’ingénieurs qualifiés dans le domaine de la technique aux Comores. Cela nous aurait coûté moins cher si le pays avait été en mesure de fournir ce genre de main d’œuvre. »

Autre difficulté que l’entreprise a dû résoudre : l’approvisionnement en électricité, essentielle à son activité. La fabrication d’oxygène est très énergivore et ne tolère aucune coupure de courant. Gazcom a donc dû investir dans un groupe électrogène pour pallier les délestages intempestifs de la Sonelec, la Société d’électricité comorienne. “Il faut plus de 24 heures pour fabriquer un mètre cube d’oxygène. Lorsqu’on lance la machine, il ne faut surtout pas l’éteindre, sinon on est obligé de tout recommencer”, explique Djamil Mahamoud. Il ajoute : “Nous ne pouvons pas nous permettre une panne d’électricité ou que notre groupe électrogène tombe en panne. »

Pas qu’une question de profits

L’activité de l’entreprise est-elle rentable ? Sans donner de chiffres, le directeur de Gazcom assure ne pas être seulement dans une démarche de profit. “Il s’agit aussi de rendre service. C’est une entreprise privée qui travaille pour le public”, dit-il. « Certes, lorsque mon père a acheté cette société, c’était pour faire des bénéfices. Mais c’est particulièrement une question de survie. Personne ne sait qui peut se retrouver sur une table d’opération à El-Maarouf, à Fomboni ou à Anjouan. Avoir notre propre unité de fabrication d’oxygène dans le pays, c’est extrêmement important. »

Les principaux clients de Gazcom sont les hôpitaux. Ce jour-là, un camion de l’hôpital de référence El-Maarouf vient décharger huit bouteilles d’oxygène de dix mètre cubes. Ces derniers temps, la production d’oxygène a « largement augmenté », confirme le directeur, sans livrer d’éléments chiffrés. “L’oxygène est un élément important dans les unités de soins. Avant cette pandémie du coronavirus la courbe de production variait, explique Djamil Mahamoud. Un mois productif, un autre moins.” Actuellement, « la courbe évolue mais d’une manière très croissante. C’est tout ce que je peux vous dire ».

Les relations de l’entreprise avec ses clients du domaine de la santé publique n’ont pas toujours été au beau fixe. « Il y a quelques années de cela, nous étions vraiment en conflit », indique le directeur de Gazcom, sans entrer dans les détails. Il révèle juste qu’un changement entre le service public et l’entreprise a été nécessaire pour améliorer l’entente. « Nous avons fait des efforts, nous Gazcom et les hôpitaux, dit-il. Aujourd’hui, je peux vous assurer entretenir des relations vraiment professionnelles avec mes clients. »

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