Enlevée par les chauffeurs de son père, elle doit son salut à deux pneus crevés

Une semaine après les faits, Raicha souffrait encore de séquelles physiques et psychologiques liées à son enlèvement.

Le 15 juin dernier, Raicha, 16 ans, a été enlevée par deux employés de son père qui voulaient abuser d’elle. Profitant d’une crevaison, elle a réussi à s’enfuir et à donner l’alerte. Ses ravisseurs ont été condamnés.

Une semaine après les faits, Raicha est encore bouleversée par son enlèvement. Nous la rencontrons à Moroni chez sa tante. Sa petite sœur est près d’elle. Elle la suit comme son ombre.

L’histoire s’est déroulée entre Wuziwani et Nkurani-ya-Mkanga dans le sud de Grande Comore, dans la région de Bandjini. Ce 15 juin, Raicha, 16 ans, est enlevée par deux hommes, les chauffeurs de son père, âgés de 20 ans et 21 ans.

Le père de Raicha vit à Mlali, sa mère à Nkurani. La jeune fille a l’habitude des va-et-vient entre les deux foyers. Dimanche, la veille de l’enlèvement, elle se trouve chez sa grand-mère paternelle, à Mlali. Le lendemain, son père, accompagné de ses deux chauffeurs, la ramène chez sa mère et s’en va.

Aux environs de midi, les deux employés sont de retour, seuls cette fois-ci, au volant de la Renault 19 de son père. « Ils ont dit que mon père voulait me voir. Il était, selon eux, à la croisée des chemins entre Wuziwani et Nkurani-ya-Mkanga. Ma mère a refusé de me laisser monter dans la voiture. Moi non plus, je ne comprenais pas. Ma mère leur a demandé d’appeler mon père, pour vérifier si c’était vrai. Ils ont dit que mon père avait oublié son téléphone dans la voiture », explique-t-elle la voix chevrotante.

Alerté par les cris

Les deux hommes insiste : le père de Raicha est pressé. La mère finit par laisser sa fille monter dans la voiture. « L’un conduisait, et l’autre était assis derrière, avec moi », raconte la jeune fille. Un moment de silence s’impose, Raicha est comme essoufflée. Elle se gratte la cuisse d’une main ; de l’autre, elle sert le point. Elle reprend : « Arrivée à la croisée des chemins, je ne vois pas mon père. Je leur demande de me laisser descendre, je veux prendre un taxi. Ils refusent et changent de version m’affirmant que mon père est en réalité à Wuziwani. »

Ils refusent de garer la voiture et continuent sur la route menant à Wuziwani. « Les deux pneus de devant ont crevé. Ils sont descendus de la voiture. J’en ai profité pour ouvrir la porte. Je suis sortie et je me suis mise à courir. » Raicha sert les points, le visage plissé, le regard fuyant, comme si elle avait honte. Sa sœur reste à ses côtés. Sa tante la regarde mais ne dit rien. « J’ai commencé à crier très fort. Tellement fort que j’avais mal à la gorge, mais je ne pouvais pas m’arrêter. »

Ses ravisseurs la rattrapent. « Ils m’ont traînée par terre, je n’arrêtais pas de me débattre. Ils ont dit que mon père m’attendait dans une petite cabane en tôle qui était près de là. Je leur ai répondu que si mon père voulait me voir, il n’avait qu’à sortir. »

Non loin de là, un homme, surnommé Africa, est en train de construire des briques. Il entend les cris et accourt pour sauver la jeune fille. Raicha est saine et sauve, mais sous le choc. Elle a eu la peur de sa vie : « J’ai cru que j’allais mourir. Heureusement que les pneus ont crevé. »

Une semaine après les faits, Raicha souffre d’insomnies. « Elle n’arrive pas du tout à dormir », confirme sa tante. Son dos est en lambeaux, sa hanche aussi. « Pas possible de dormir sur un matelas normal, mon dos me fait trop mal », dit-elle.

Une plainte a été déposée contre les deux hommes pour enlèvement de mineur. Lors de leur comparution devant le tribunal, le lundi 22 juin, ils ont reconnu les faits. Ils ne voulaient pas de rançon, ni aucun service mais abuser d’elle.

Le juge Elamine a requis la peine minimum de l’article 347 du Code pénal, soit deux ans d’emprisonnement ferme chacun et 100 000 KMF d’amende. Les parents n’ont pas réclamé de dommages-intérêts, ne souhaitant rien recevoir des coupables.

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